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Les contestations autour des parcs photovoltaïques de grande envergure

  • Thomas Littel Fortuna
  • il y a 6 heures
  • 6 min de lecture

En mars 2024, à Akiu (ville de Sendai, département de Miyagi), une entreprise a proposé le rachat des terres à 100 propriétaires fonciers, avec pour projet d’installer 600 hectares de panneaux solaires qui génèreront 400 MW. Les locaux, craignant des glissements de terrain, questionnent sur l’impact environnemental de ce projet, ce à quoi l'entreprise leur répond seulement « nous prendrons les mesures nécessaires ». Pour pouvoir commencer les travaux, l'entreprise a besoin de l'approbation de la ville et du département. Cependant, la zone choisie n'est pas en accord avec la réglementation mise en place contre "l'urbanisation désordonnée", le projet semble donc pour le moment au point mort. Plusieurs facteurs font obstacles à sa réalisation, en plus de riverains qui sont à l’origine de pétitions pour durcir davantage les réglementation afin de préserver le paysage naturel.


Cela pose également des questions au sujet de la gestion des forêts. En effet, au niveau régional, la gestion des forêts doit se baser sur un plan national qui définit entre autre la quantité autorisée de bois à abattre. Miyagi est un département composée à 57% de forêt, et doit donc adapter les directives du gouvernement aux spécificités environnementales de son territoire. En 2021, le département estime que la forêt a absorbé 1,2 million de tonne de CO2 sur les 18 millions émis en son sein, et veut atteindre l’objectif de « Zéro émission en 2050 » tout en préservant ses bois. Malgré un photovoltaïque pionner de la transition, le département s’est doté en 2024 de la première ordonnance du pays pour taxer les projets solaires qui s’étendent sur une surface dépassant 0,5 hectare et mise sur différents leviers parallèlement à l’utilisation d’énergies renouvelables : une éducation environnementale, encourager à la sobriété, etc.[1]


Ces voix anti mega-solar (on utilise メガソーラー, tout comme dai-kibo taiyôkô hatsuden shisetsu 大規模太陽光発電施設, pour se référer aux projets dépassant 1 hectare) ne sont pas un cas isolé. Déjà en 2024, dans un article du Japan Times sur des oppositions à ces projets dans la ville de Nara, Noriaki Yamashita du Institute for Sustainable Energy Policies (ISEP) comptait 250 ordonnances restrictives à travers le pays[2]. Dans le Mainichi du 12 janvier 2026, l'Institut de recherche sur les collectivités locales, en compte dorénavant 335 en prenant les chiffres de décembre 2025.


Fukushima est aussi au centre de ces questions car beaucoup d'habitants sont partis après l'accident. Le potentiel de la surface inoccupée fut prise en considération pour déployer des parcs photovoltaïques. Avant 2011, 7000 personnes vivaient à Futaba, ville du département touchée par la catastrophe et dont la population a été totalement évacuée. 200 personnes sont revenues depuis 2022, lorsque le niveau de radiation fut considéré suffisamment bas pour lever l'ordre d'évacuation. En 2016, le « Fukushima Plan for a New Energy Society[3] » créé en 2016, annonce vouloir alimenter 100% des ménages de la ville via ces énergies renouvelables en 2040. Ce plan accorde des aides spéciales pour leur développement, et cet espoir placé dans la ville perdure en 2024 car Fukushima devient le premier département où le pays déploie des cellules photovoltaïques à pérovskites, une technologie émergente qui permet de créer des panneaux solaires flexibles 20 fois plus fin que les traditionnels en silicium[4].


Sur le mont Sendatsu, à l’ouest de la ville, un parc de 60 hectares a cependant rencontré un écho similaire aux exemples cités précédemment. Lors du processus d’évaluation environnementale, l’exploitant avait expliqué que les panneaux feraient face au ciel et que la réfection n’irait pas en direction de la ville. Or, le chantier n’a pas respecté ce qui était prévu. Il en résulte une montagne dénudée qui contribue au mécontentement des locaux, et les panneaux réfléchissent effectivement en direction de la ville, ce qui occasionnerait une gêne qui pourrait causer des accidents selon certains manifestants. L’exploitant a été contraint de mener une re-verdisation par la ville[5].


Parc photovoltaïque sur le mont Sendatsu dans la préfecture de Fukushima
Photo prise du mont Sendatsu le 2 octobre 2025. Crédit photo : site de la ville de Fukushima [5]

De façon plus large, ces évènements révèlent les défis auxquels le Japon fait face pour sa transition écologique. Selon l’Agence internationale pour les énergies renouvelables, il est à la 4ème place des pays qui génèrent le plus d’électricité grâce au photovoltaïque, mais puisque recouvert à plus de 60% par les montagnes, c’est aussi le pays au monde avec la densité la plus élevée en capacitée de production d’énergie solaire par kilomètre carré de surface plane[6]. Dans son dernier ensemble de mesures relatives aux projets photovoltaïques de grande envergure du 27 janvier 2026[7], le gouvernement renouvèle sa politique et prend en compte diverses évolutions : l’installation de panneaux sur les toits de maison est désormais préférée à des projets de grande envergure (à Miyagi comme à Sendai, des campagnes pour des achats groupés avantageux ont lieu depuis la fin d’année 2025) ; le gouvernement envisage de rendre l’évaluation environnementale plus stricte, ce qui s'ajoute à un risque encouru plus grand pour les exploitants en cas de chantier inapproprié ; enfin 210 milliards de yens (environ 1,15 milliard d’euros) d’aides pour des technologies d’avenir seront attribuées pour notamment faciliter l’investissement dans la pérovskite, autre moyen de ne pas utiliser un terrain naturel et de plutôt recouvrir des fenêtres ou des bâtiments[8].


"Je m'oppose fermement à ce que l'on continue de laisser des panneaux solaires produits dans d'autres pays détruire nos belles terres." Sanae Takaichi a prononcé ces mots lors des élections en septembre dernier, semblant cibler indirectement la Chine. Dans le document du gouvernement mentionné ci-dessus, la nécessité d'accroitre la compétitivité de l'industrie des énergies renouvelables japonaise est mise en exergue avec la sécurité énergétique et le besoin de limiter une "fuite de richesses nationales" (kokufu ryûshutsu 国富流出, "ressources" peut remplacer "richesses"), donc naturellement se tourner vers la pérovskite permet de s'affranchir d'une Chine qui domine le marché des panneaux en silicium. De plus, le Japon est le deuxième plus gros producteur d'iode, essentiel pour cette nouvelle technologie photovoltaïque.


Cependant pouvoir produire des cellules solaires à pérovskite en série pourrait mettre une dizaine d'année. En attendant, il existe des initiatives respectueuses de la communauté locale telle que la collaboration entre le gérant immobilier Mori building et l'entreprise agricole Eco Kawa Farm, qui ont posé 1,9 hectare de panneaux solaires sur le mont Tsukuba (ville de Chikusei, département d'Ibaraki) de sorte à ce qu'il soit possible de cultiver des légumes en dessous, les terres étant donc doublement exploitées : elles alimentent un bâtiment de 52 étages à 10~15% d'un côté, et des locaux la travaillent de l'autre. Pour les années à venir, ce genre de projet semble être l'exemple à suivre.




Bibliographie


Mainichi du 13 janvier 2026, p1 et p3

Mainichi du 12 janvier 2026, p1 et p3

[1] "Progrès réalisés dans le cadre de la stratégie Miyagi Zéro Carbone 2050" (miyagi zero kâbon charenji 2050 senryaku no shinchoku jôkyô ni tsuite みやぎゼロカーボンチャレンジ2050戦略の進捗状況について), 17 décembre 2025 : https://www.pref.miyagi.jp/documents/44566/r6m0cc_shinchoku_3.pdf

[2] The japan times. "‘Megasolar’ is a dirty word in Japan. Where do solar projects go from here?", 26 juin 2024. Disponible sur : https://www.japantimes.co.jp/environment/2024/05/26/energy/megasolar-opposition-solutions/

[3] Council for Realizing the Fukushima Plan for a New Energy Society : "The Fukushima Plan for a New Energy Society", 7 septembre 2016 : https://www.enecho.meti.go.jp/category/saving_and_new/fukushima_vision/pdf/fukushima_vision_en.pdf

[4] Chapitre 1 ("Avancées concernant la reconstruction de Fukushima" fukushima fukkô no shinchoku 福島復興の進捗) du livre blanc 2025 (pour l'année 2024) de l'Agence pour les ressources naturelles et l'énergie : https://www.enecho.meti.go.jp/about/whitepaper/2025/pdf/1_1.pdf

[5] "Page spéciale consacrée à l'installation photovoltaïque du mont Sendatsu" (sendatsu-san taiyôkô hatsuden shisetsu pêji 先達山太陽光発電施設特設ページ), sur le site de la ville de Fukushima (dernière mise à jour le 23 janvier 2026) : https://www.city.fukushima.fukushima.jp/soshiki/8/1034/2/3/3800.html

[6] Conseil public-privé pour développer l'introduction des cellules solaires de nouvelle génération et rendre l'industrie plus compétitive (ji-sedai-gata taiyô denchi no dônyû kakudai oyobi sangyô kyôsô-ryoku kyôka ni muketa kanmin kyôgi-kai 次世代型太陽電池の導入拡大及び 産業競争力強化に向けた官民協議会), Stratégie pour les cellules solaires nouvelle génération (ji-sedai taiyô denchi senryaku 次世代型太陽電池戦略), octobre 2024 : https://www.meti.go.jp/shingikai/energy_environment/perovskite_solar_cell/pdf/20241128_1.pdf

[7] Ministère de l'environnement, Mesures relatives aux projets photovoltaïques de grande envergure (dai-kibo taiyôkô hatsuden jigyô ni kan-suru taisaku pakkêji ni tsuite 大規模太陽光発電事業に関する対策パッケージ について), publié le 27 janvier 2026 : https://www.soumu.go.jp/main_content/001052630.pdf

[8] Nikkei asia. "Japan eyes subsidies for factories using 100% renewables or nuclear power", 22 décembre 2025. Disponible sur : https://asia.nikkei.com/business/energy/japan-eyes-subsidies-for-factories-using-100-renewables-or-nuclear-power

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